Thomas Sankara

Thomas SankaraParler de Thomas Sankara au Burkina Faso, même longtemps après sa mort, c’est vite engager une discussion passionnée et parfois polémique, tant ce « Che Guevara » africain a marqué son époque.

Alors qu’il est question de demander (ou pas) l’extradition de Blaise Compaoré, l’affaire et la mémoire de Thomas Sankara reviennent à la surface.  La transition en cours au Burkina Faso permettra t elle un jour de faire la lumière sur les affaires Sankara et Zongo ? En attendant, retour sur l’histoire:

Bien avant son assassinat au profit de Blaise Compaoré, le charisme de l’homme, l’action du chef d’état, l’espoir sans précédent d’un peuple ont provoqué un véritable frémissement du continent, sorte d’onde de choc politique ressentie jusqu’à Paris à travers toute la sous région. Sur fond d’Unité Africaine et de dialogue Nord Sud décomplexé, il a incontestablement été l’artisan de la fierté retrouvée du peuple Voltaïque devenu Burkinabè.

Né à Yako le 21 décembre 1949 dans une famille modeste, Sankara sera vite un enfant rebelle. Fils d’ancien combatant (son père avait servi comme tirailleur en 1939-1945), il embrassera à son tour une carrière militaire alors que ses parents le destinaient plutôt au séminaire. Formé comme officier à Madagascar au début des années 70, il sera témoin des mouvements révolutionnaires qui contribueront à l’inspirer politiquement. De retour en Haute Volta en 1972, il combattra dans des incidents de frontières avec le Mali en 1974. Son Image s’étoffe dans Ouagadougou où il est aussi connu comme guitariste de jazz et comme amateur de motos.
En 1976, il devient Chef du 31ème Régiment d’Infanterie Commando de Pô. Clairement politisé, il sera un des fondateurs du Regroupement des officiers communistes, en compagnie de Blaise Compaoré.
Au printemps 1981, il entre au gouvernement comme secrétaire d’État à l’information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo. Il démissionnera le 21 avril 1982, déclarant « Malheur à ceux qui baillonnent le peuple! »

Un coup d’état plus loin, Thomas Sankara devient Premier Ministre sous l’impulsion de Jean Baptiste Ouédraogo. Une visite de Jean Christophe Mitterrand plus tard, il tombe en disgrâce et est incarcéré en compagnie de quelques frères d’armes. C’est à nouveau la cause de mouvements populaires.
C’est Blaise Compaoré qui va porter Thomas Sankara au pouvoir en aout 1983. C’est le début d’une révolution Africaine et c’est un seisme politique international. C’est un combattant qui arrive au pouvoir et la sémantique révolutionnaire scandée par ce jeune tribun résonne jusqu’aux oreilles des chefs d’ Etats Occidentaux.

Dès le début, Sankara va s’affirmer comme un chef charismatique, un guide révolutionnaire, à travers des discours clés comme le discours d’orientation politique (1983) mais aussi dans la méthode et dans le style: fini l’opulence des ministères, les cortèges de limousines. Sankara met le sommet de l’Etat au régime. Le président roule en R5 et les ministres sont priés de l’imiter. C’est le début d’une série de mesures qui vont sceller la rupture avec la Haute Volta post coloniale. Le changement de nom est fondamental: il marque la volonté d’en finir avec la dépendance vis à vis des puissances occidentales mais aussi l’éradication de la corruption. Les grandes lignes de la politique Sankara, c’est aussi la recherche de l’autonomie économique et notament alimentaire ainsi qu’une vraie politique de santé publique.

Sur le plan social, les changements sont loin d’être négligeables et là encore le ton est révolutionnaire, souvent excessif, parfois provocateur. Logement, conditions des paysans, lutte contre la polygamie et l’excision amélioration du sort des femmes seront les combats de Thomas Sankara. Le 8 mars 1984, le président décrète la journée fériée et demande aux hommes d’aller au marché et de cuisiner afin de prendre conscience de la condition féminine. Cette journée restera fériée … pour les hommes!
Mais Sankara laissera aussi le souvenir du Faso Fani, les vètements « made in Burkina Faso » qui devront remplacer les costumes occidentaux dans les administrations. Aussi, très vite, les fonctionnaires adoptent la tenue « Sankara arrive » car les descentes inopinées sont fréquentes.

La liberté de la presse ne fait pas vraiment bon régime avec le système révolutionnaire et le discours officiel domine le Burkina durant les années 80.
Avec le temps, les excès de l’idéologue lassent le peuple, d’autant que le repli sur soi n’est pas forcément payant économiquement. En 1987, Thomas Sankara exprime une autocritique et marque la volonté de faire une pause dans la révolution. Il n’en aura pas le temps: ses coups de gueule, ses prises de positions ont lassé et effrayé ses voisins comme Paris. C’est un Président presque isolé qui sera renversé et assassiné dans un putsh très violent le 15 octobre 1987. Bien qu’il eut été fauché par une rafale d’arme automatique, en compagnie de ses conseillers, le medecin conclut à une mort naturelle! La foule massée pour ses funérailles témoignera quand même de la popularité de l’homme qui est aujourd’hui un mythe.

Pour en savoir plus: Thomas Sankara Website